Sans doute l’oeuvre érotique la plus singulière et la plus déconcertante du 20e siècle, encore sujette à toutes les interprétations : le grand verre de Marcel Duchamps : « la mariée mise à nue par ses célibataires, même ». L’attraction des corps au plus sensdu terme.
« Une mariée aguicheuse domine l’ensemble. Sorte de guêpe-machine, elle balance ses rouages au-dessus de neuf célibataires en uniforme, figurés par des moules cuivreux gonflés d’un gaz qu’on appelle désir. Ce désir est soumis à un gymkana alambiqué au terme duquel, éblouissement, s’ouvre le domaine de la mariée. Il ne suffit alors plus que d’un peu d’adresse – et de chance – pour déclencher la mise à nu. »

Marcel Duchamp, Neuf Moules Mâlic, 1914 – 1915

« Les Neuf Moules Mâlic font partie des nombreuses études préparatoires à ce Grand Verre. Ils s’attachent en particulier à la partie inférieure du tableau, qui constitue « une base solide, sur terre ferme » : les mâles. Tandis que la mariée flotte en haut dans « une cage transparente », ils sont représentés par d’étranges objets qui figurent des moules, comme des moules pour fabriquer des uniformes de « mâles », gendarme, livreur ou prêtre. Duchamp les qualifie de « matrices d’éros », des machines à fabriquer du désir. D’eux s’échappe un gaz qui monte vers la mariée, comme une fumée produite par la machine à vapeur. Cette élaboration propose une conception mécanique du désir, un désir qui s’emballe et se fixe sur un objet précis. »

Hommage de Anetta Mona Chisa , La mariée mise à nu (2002)

Sylvie Blocher, Le voile, « déçue, la mariée se rhabilla »
Encre d’imprimerie,tissu synthetique,adhesif,crayon/papier d’emballage, 1991