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Chaste, moulé, mais pénétré. « Quand l’objet s’évade à l’intérieur , il cache en lui-même une ouverture » écrivait Bernard Noël.
Marcel Duchamp, coin de chasteté, 1954, bronze et plastique dentaire

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Marcel Duchamp, Objet-dard, 1951, Plâtre galvanisé avec incrustation d’un filet de plomb

« On peut voir dans cet objet le « dard » masculin, ou la contre-forme phallique, de Feuille de vigne femelle. Duchamp incite donc son spectateur à imaginer « une empreinte en quelque sorte…plus interne » (J.Clair, 1977). Mais cette tentation n’est qu’un leurre : l’objet, en réalité, dérive d’un morceau de l’armature technique servant à maintenir l’effigie d’ Étant donné au niveau du sein (F.M. Naumann, 1984). Son inclusion, par Duchamp, dans la série initiée par Feuille de vigne femelle, fait d’un objet technique un objet érotique présenté « sous une apparence fausse d’empreinte »

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Marcel Duchamp, Feuille de vigne femelle, 1950, Plâtre galvanisé

« Oeuvre fameuse de Duchamp, mais dont le processus -donc le statut exact- n’a pas encore été clarifié. Ready-made érotique ? Moulage simulé de l’organe féminin ? modelé à la main ? Il semble plus exact de reconnaître dans cette œuvre ambiguë, un moulage -moulage du sexe féminin rasé, selon un protocole que Man Ray dit avoir effectué avec Duchamp sur le corps d’une prostituée- rectifié, recadré, poncé, etc. Si Duchamp a voulu, sur cet objet, maintenir l’énigme de son origine, c’est que la référence à un corps réel se double d’une référence, au corps fictif d’Etant donnés, dont il peut être considéré comme une étude préparatoire. Il aura été rendu illisible -à une époque où Duchamp maintenait secrète l’entreprise Etant donnés- par simple retournement de la forme (une fente) en contre-forme (une lame). »