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Tant qu’à aborder la plastique du corps à corps, évoquons plutôt l’avant, l’enlèvement, l’étreinte avant l’étreinte… Gian Lorenzo a vingt trois ans quand il pose la main sur la cuisse de la belle Proserpine, où du moins quand son burin effleurera le marbre blanc comme peau laiteuse. Sont-ce les doigts de Pluton qui s’enfoncent et serrent la chair délicate et charnue des cuisses et de la taille de la jeune déesse? Ne serait-ce pas plutôt ceux du jeune et fougueux sculpteur ? Il a dû la caresser encore et encore cette femme de marbre, pour la rendre si irrésistiblement charnelle.
Non, non, ne parlons pas de rapt, parlons de ravissement.

Tandis que, dans ce bois joue Proserpine, qu’elle y cueille des

violettes ou des lis blancs, tandis que, avec tout le zèle d’une jeune fille, elle en emplit des corbeilles et les plis de sa robe, qu’elle s’efforce de l’emporter sur ses compagnes dans sa cueillette, presque en un même elle fut aperçue, aimée et enlevée par Pluton; telle est la promptitude de l’amour. la déesse, effrayée, appelle avec des cris désespérés sa mères et ses compagnes, mais plus souvent sa mère, et comme elle avait déchiré sa robe depuis le col, les fleurs cueillies tombèrent de sa tunique dénouée. Et, si grande était l’ingénuité de ses années enfantines, que cette perte aussi chagrina son âme virginale. Le ravisseur pousse son char, excite ses chevaux qu’il interpelle chacun par son nom; sur leurs cous et leurs crinières, il secoue les rênes teintes de sombre rouille.

Ovide, Les Métamorphoses

Gian Lorenzo Bernini, dit Le Bernin, Le Rapt de Proserpine, 1622

Un parc de sculptures sur l’île de Cheju, au large de la Corée. Disney salace, loveland disent-ils, demandez votre sachet de pop porn à l’entrée. Il paraît que Cheju est aussi surnommée l’île de la lune de miel… Elle est paradisiaque et il est de tradition d’y passer son voyage de noces. Cela me rappelle « Made in heaven » de Jeff Koons, cycle que l’artiste réalisait avec son épouse, la Ciciolinna il y a vingt-cinq ans. Ici, ce sont des artistes coréens qui ont oeuvré; et la collection dépasse de loin ces quatres sculptures. Mais nulle part je n’ai trouvé trace des noms de ces plasticiens, au top du kitsch.
Il faut 45 minutes pour parcourir le parc, sans compter les éventuels arrêts dans les buissons, bien sûr.

 » ah! être si près du but, et si loin  » Pierre Klossowski, Le Bain de Diane, Paris, J.-J.Pauver, 1956, p.85.


Tandis que Diane se baigne dans la fontaine de Gargaphie, Actéon errant d’un pas incertain dans ce bocage qui lui est inconnu, arrive dans l’enceinte sacrée, entraîné par le destin qui le conduit. À peine est-il entré dans la grotte où coule une onde fugitive, que les nymphes l’apercevant, frémissent de paraître nues, frappent leur sein, font retentir la forêt de leurs cris, et s’empressent autour de la déesse pour la dérober à des yeux indiscrets. Mais, plus grande que ses compagnes, la déesse s’élevait de toute la tête au-dessus d’elles. Tel que sur le soir un nuage se colore des feux du soleil qui descend sur l’horizon; ou tel que brille au matin l’incarnat de l’aurore naissante, tel a rougi le teint de Diane exposée sans voiles aux regards d’un mortel. Quoique ses compagnes se soient en cercle autour d’elles rangées, elle détourne son auguste visage. Que n’a-t-elle à la main et son arc et ses traits rapides ! À leur défaut elle s’arme de l’onde qui coule sous ses yeux; et jetant au front d’Actéon cette onde vengeresse, elle prononce ces mots, présages d’un malheur prochain :
« Va maintenant, et oublie que tu as vu Diane dans le bain. Si tu le peux, j’y consens ». Elle dit, et soudain sur la tête du prince s’élève un bois rameux; son cou s’allonge; ses oreilles se dressent en pointe; ses mains sont des pieds; ses bras, des jambes effilées; et tout son corps se couvre d’une peau tachetée.

Ovide, les Métamorphoses, Actéon IIIPierre Klossowski, Diane et Actéon, 1954

cock tail
queue de queues

Kendell Geers, Kocktail, 2005


Le Chevalier.

– Tout est con chez cette divinité !Nicole (avec transport)
– Ah ! c’est bien chez toi que tout est vit.

Cet éloge est à peine prononcé que déjà sa bouche, qui ne veut pas se laisser vaincre de procédés par celle du Chevalier, s’est remplie du frais et rubicon bigarreau dont l’orgueilleux engin est couronné ; la folle fredonne en cette posture, une espèce d’air en remuant les doigts le long de cette étrange clarinette, à laquelle ce doigté ne laisse pas de causer un vif surcroît de plaisir. Elle ne dédaigne point de caresser aussi les ornements inférieurs, ni même de postillonner légèrement ce réduit plus inférieur encore, que la Nature a fait le quiproquo de ne pas rendre absolument insensible aux atteintes variées de la volupté. Ces stimulantes manœuvres ont bientôt conduit l’ardent Chevalier au même degré de prurit que sa langue fait éprouver à Nicole ; ils sont mutuellement électrisés au même instant, et l’élixir de vie que reçoit dans sa bouche l’enchanté fellateur est aussitôt quadruplement restitué à celle de l’expirante fellatrice. Deux déterminés ivrognes ne vident pas leurs verres avec autant de ferveur qu’en ont nos capricieux exaltés à savourer l’huile essentielle de Cythère. L’un et l’autre semblent désirer de tarir les sources où ils viennent de s’abreuver. – Enfin, il est temps d’avoir un moment de relâche. On reprend ses chemises après s’être bien rincé la bouche, d’abord avec de l’eau ; ensuite chacun avec un petit verre d’excellent Marasquin, dont Nicole s’est à propos souvenue d’avoir encore un flacon échappé, par bonheur, à l’intempérance du vilain Hilarion.-

André de Nerciat, le diable au corps, roman libertin, 1798, tome troisième.

Félicien Rops, gravure pour l’édition de 1865 du diable au corps d’André de Nerciat.

Cornu, le diable à gueule d’ange, déshabilla la coquette.

Antoine Wiertz, Le miroir au diable, la coquette habillée, la coquette déshabillée, 1856

fleurs du Mal,
fleurs de mâles.

Kendell Geers, les fleurs du Mal, 2005

Quels rêves délicieux en transfigurent le tain ?
Impudence impudique, tu relèves tes jupons, fends ta pêche du regard. Habité par le singe, et comme l’est ton fourreau, le miroir est profond.

Félicien Rops (1833-1898), Impudence.

« Les deux égarés entendirent quelques petits cris qui paraissaient poussés par des femmes. Ils ne savaient si ces cris étaient de douleur ou de joie ; mais ils se levèrent précipitamment avec cette inquiétude et cette alarme que tout inspire dans un pays inconnu. Ces clameurs partaient de deux filles toutes nues qui couraient légèrement au bord de la prairie, tandis que deux singes les suivaient en leur mordant les fesses. Candide fut touché de pitié ; il avait appris à tirer chez les Bulgares, et il aurait abattu une noisette dans un buisson sans toucher aux feuilles. Il prend son fusil espagnol à deux coups, tire, et tue les deux singes. « Dieu soit loué, mon cher Cacambo ! j’ai délivré d’un grand péril ces deux pauvres créatures ; si j’ai commis un péché en tuant un inquisiteur et un jésuite, je l’ai bien réparé en sauvant la vie à deux filles… » Félicien se souvient-il des aventures du Candide de Voltaire ?
Ou aime-t-il à simplement à croquer le plaisir que prend cette jeune femme accueillant, avec volupté, la lubricité même entre les cuisses ? » Je passe mes jours à me contenir et j’ai de furieuses envies de briser d’un coup de tête cette martingale de conventions avec laquelle les sociétés civilisées tiennent en bride les natures primitives, écrivait Félicien Rops. Partir loin du monde comme il faut pour vivre enfin ma vie dans la fièvre et le mouvement. »

« Pourquoi trouvez-vous si étrange que dans quelques pays il y ait des singes qui obtiennent les bonnes grâces des dames ? Il sont des quarts d’hommes, comme je suis un quart d’Espagnol », dit aussi Cacambo à ce candide Candide…

Noté que je devrais en toucher un mot à Kong, si je le croise.

Félicien Rops (1833-1898), Transformisme III E757 (retouché à la gomme)

Un trait de plume et le sexe bascule.
Shunga est une image de printemps et une image du monde flottant.
Quant au livre érotique, bien avant Suzuki Harunobu, on l’appelait déjà kōshokubon. Même la phonétique est parfois imagée.

Suzuki Harunobu, un homme et un jeune, détail d’un Shunga (vers 1750)

– Chère, avez vous vu en ce miroir ?
– Quoi donc, mon ami ?
– Ce coquin qui matte.
– La touche sans doute, mon ami, la touche.

Antoine Watteau, l’Enseigne de Gersaint, automne 1720

avertissement

D'accord, ce blog investit le champ artistique... Néanmoins, certains billets pourraient être fort explicites suivant les tribulations de l'auteur. Vous voilà prévenus.

point de vue

il n'y a pas d'art érotique. Il n'y a que l'art. Il peut bien sûr être érotique. Question de point de vue... sur l'art.
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